Revue de presse du lundi soir du 15 novembre 2021

Patron d'émission le 15 novembre 2021

Revue de Presse du lundi soir de Michel Leblay

 

L’Afrique Réelle n° 143 novembre 2021

Cette dernière publication de l’Afrique Réelle comporte, d’une part, une mise au point de Bernard Lugan sur l’histoire de l’Algérie et l’existence prétendue par le gouvernement de ce pays d’une nation algérienne antérieurement à la colonisation et, d’autre part, un dossier sur le Mali.

S’agissant de l’Algérie, Bernard Lugan cite dans son éditorial une déclaration de Ferhat Abbas faite au mois de février 1936 dans l’Entente franco-musulmane :

L’Algérie en tant que Patrie est un mythe. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’Histoire ; j’ai interrogé les morts et les vivants ; j’ai visité les cimetières : personne ne m’en a parlé.

et celle de De Gaulle du 16 septembre 1959. Le général De Gaulle disait la même chose :

Depuis que le monde est le monde, il n’y a jamais eu d’unité, ni, à plus forte raison, de souveraineté algérienne. Carthaginois, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes syriens, Arabes de Cordoue, Turcs, Français, ont tour à tour pénétré le pays, sans qu’il y ait eu, à aucun moment, sous aucune forme, un Etat algérien.

Le dossier de la revue mensuelle porte sur le Mali. Bernard Lugan démontre une nouvelle fois de manière très argumentée et assortie de cartes qu’il dessine lui-même, la réalité ethnique du Mali, son histoire, les forces qui s’opposent et les erreurs françaises quant à l’appréciation de la situation (Les 8 principales erreurs françaises). Ceci est résumé par le titre du dossier : Par refus de voir la réalité ethnique, la France a été poussée hors du Mali.

 

Causeur (10 novembre 2021) : Un ancien colonisé qui aime la France ? Un peu de discrétion quand même…

A une époque où les autorités françaises inspirées par une gauche intellectuelle et médiatique se confondent en repentance, dénonciation de crimes supposés et flétrissement du colonialisme, l’article de Jean-Noël Poirier paru sur le site de Causeur le 10 novembre 2021 (Un ancien colonisé qui aime la France ? Un peu de discrétion quand même…) mérite d’être relevé. Cet article fait référence à la visite officielle à Paris du 3 au 5 novembre 2021 du Premier ministre vietnamien :

Vous n’en avez pas entendu parler ? Rien de plus normal. Il était impossible de le savoir. La presse nationale n’a quasiment pas tiré une ligne sur cette visite. Seule la Tribune de l’Economie et quelques titres spécialisés ont rédigé des articles traitant des accords de coopération et contrats signés à cette occasion.

Jean-Noël Poirier observe :

Pourquoi irait-on, en 2021, parler d’un ancien pays colonisé qui apprécie la France, a une vision équilibrée, et finalement plutôt positive, du legs colonial ? Les Vietnamiens sont admiratifs de ce que nous avons laissé chez eux : des infrastructures solides qui fonctionnent toujours aujourd’hui, des bâtiments magnifiques devenus patrimoine national dont ils sont fiers, une conception moderne de l’État et de l’administration. Pire encore, aucun procès en acculturation. Les anciens parlent avec admiration et reconnaissance de l’instruction qu’ils ont reçue dans les écoles françaises jusqu’en 1954 dans le nord, jusqu’en 1975 dans le sud. Aujourd’hui encore, les deux lycées français et les écoles privées françaises continuent d’accueillir chaque année les enfants des grandes familles vietnamiennes.

Ce que fut l’Empire français ne se situait pas seulement au sein de l’espace africain mais il s’étendait aussi aux autres continents et d’abord l’Asie avec la péninsule indochinoise (Vietnam, Laos, Cambodge) qui en fut probablement le fleuron. Or dans cet Extrême-Orient qui a versé dans le développement économique concurrençant la vieille Europe et s’accaparant même à son détriment certaines activités, source d’une désindustrialisation, il n’apparaît donc nulle exigence de repentance et nul rejet. L’histoire est passée, le legs n’est pas nié et l’avenir est porteur. D’autant que dans cette effervescence géopolitique et géoéconomique régionale, les oppositions sont rudes. La puissance chinoise et les tensions en mer de Chine méridionale sont une préoccupation des autorités vietnamiennes, en témoigne le rapprochement avec les Etats-Unis dont l’affrontement avec le Vietnam du Nord fut particulièrement dur et meurtrier pour ce dernier.

 

Le Figaro Histoire et Le Figaro hors-série

Dans sa dernière livraison, Le Figaro hors-série, à l’occasion d’une exposition au musée Jacquemart-André, offre à ses lecteurs une rétrospective de la vie du peintre et de ses grandes œuvres. Le numéro est illustré par de très belles images de ses tableaux. Parmi les différents articles composant la revue, il faut remarquer notamment celui de Mathilde Brézet sur l’attrait de Marcel Proust pour Botticelli :

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu « A la recherche du temps perdu » dans sa totalité pour se rendre compte que Proust est un écrivain éminemment pictural. Les beaux-arts sont à l’honneur du début à la fin de son roman… Au cœur de ce musée, Sandro Botticelli est à l’honneur ; Proust l’a installé dans la partie de son œuvre qui devait être la plus connue : « Un amour de Swann ».

Le numéro 58 du Figaro Histoire (octobre-novembre 2021) a pour thème central : 1821 La Grèce Naissance d’une nation. Avant d’aborder le thème, plusieurs articles et tribunes sont proposés aux lecteurs. Parmi ceux-ci figure en premier lieu une histoire de l’Afghanistan, de l’Antiquité au retrait américain, de Jean-Pierre Perrin. Cette parfaite synthèse est assortie de plusieurs cartes du pays et de son environnement géographique suivant différentes époques marquantes. Quelques pages plus loin, Frédéric Valloire rapporte son entretien avec Maurizio Serra (Sous le masque du Duce), auteur de la plus récente biographie de Mussolini. Rappelant l’histoire de ce personnage jusqu’à sa chute, il en dresse les traits psychologiques :

Rien de spontané chez cet impulsif, inconstant, ondoyant dans ses décisions majeures, dépourvu d’humour, vaniteux qui calcule ses effets même dans ses écrits rédigés dans une plume svelte et incisive. Il y a chez lui une sorte de dédoublement personnel qui le rend difficile à cerner. Actuellement on dirait peut-être qu’il est atteint de troubles bipolaires.

Pour sa part Eugénie Bastié présente le livre de Guillaume Cuchet : Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? Elle débute son propos par ses phrases d’Ernest Renan datant de 1892 :

Un immense abaissement moral, et peut-être intellectuel, suivrait le jour où la religion disparaîtrait du monde… Les personnes religieuses vivent d’une ombre. Nous vivrons de l’ombre d’une ombre. De quoi vivra-t-on après nous ? Parmi les livres recommandés, il faut noter l’essai de Laurent Artur du Plessis : Erdogan où la haine de l’Occident.

Vient le dossier sur la Grèce moderne, celle qui conquit son indépendance en 1821.

Qui furent les Hellènes de 1821 ? C’est la révolution grecque qui a fabriqué la nation et ses citoyens, qui leur a forgé une âme commune, en a constitué le corps social, façonné le territoire, dans le combat commun, voire dans la conflictualité (…) A ses débuts, on ne savait pas encore qui étaient ses protagonistes : être hellène était un projet. En 1821, des chrétiens ottomans se révoltèrent : nombreux étaient grecs de langue et de culture, certains d’origine albanaise, valaque, voire slave.

Anne Couderc

Costas Stamatopoulos narre la guerre d’indépendance (La Liberté guidant le peuple). Il rappelle notamment la bataille de Navarin (dernière grande bataille de la marine à voile) où les flottes anglaises, françaises et russes détruisirent la flotte turco-égyptienne, le 20 octobre 1827. Dans La Quête des Frontières, Lina Louvi se penche sur le XXè siècle, les guerres balkaniques, la défaite grecque en Asie mineure au début des années 1920 qui conduisit au traité de Lausanne de 1923, se substituant à celui de Sèvres de 1920. L’antagonisme avec l’ancien occupant ottoman demeure jusqu’à aujourd’hui en passant par la crise de Chypre de 1974.

 

Défense

  • Les armes hypersoniques

Parmi les nouvelles armes, les systèmes hypersoniques font l’objet de nombreuses réflexions de spécialistes. Sur le site Figaro International, Nicolas Barotte a ainsi publié le 6 octobre 2021 un article Défense : comment les missiles hypersoniques changent la donne stratégique. Il se réfère à une étude de Joseph Henrotin du 18 juin 2021, en accès libre sur le site de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) –  Armes hypersoniques : quels enjeux pour les armées. Après avoir rappelé les caractéristiques des deux types de missiles qui ont marqué la guerre froide, les missiles balistiques d’une portée supérieure à 5 500 km, atteignant dans leur phase ascensionnelle la vitesse de Mach 20 et près de Mach 23 pour la rentrée dans l’atmosphère et les missiles de croisière d’une portée inférieure à 2 000 km dont la vitesse est subsonique, l’auteur présente les deux catégories d’armes qui participent aux systèmes supersoniques :

le planeur hypersonique (HGV – Hypersonic Glide Vehicule) est emporté par un missile balistique à des vitesses pouvant aller jusqu’à Mach 20. Au cours de la phase ascensionnelle, le planeur se sépare de son missile pour être injecté dans la haute atmosphère (au-delà de 50 km). Il y progresse alors vers sa cible selon une trajectoire non prédictible, alternant phases balistiques et manœuvres de rebonds ou de planés.

le missile de croisière hypersonique (HCM – Hypersonic CruiseMissile) est doté de sa propre propulsion. Celle-ci repose sur un statoréacteur ou superstatoréacteur. Ce sont des types de réacteurs aérobies adaptés aux très grandes vitesses (dans le haut supersonique voire l’hypersonique pour un statoréacteur, et potentiellement au-delà de Mach 6 pour le superstatoréacteur) qui ne sont pas dotés de parties mobiles

Par rapport aux missiles de croisière, cette nouvelle catégorie présente deux avantages, la vitesse et une trajectoire imprévisible ce qui rend leur interception difficile. Néanmoins, une question peut être posée au niveau de la localisation de la cible. Joseph Henrotin indique que :

les systèmes de guidage évoqués pour les systèmes hypersoniques combinent navigation inertielle et géonavigation satellitaire, avec des résultats parfois remarquables.

Dans le numéro 57 du magazine LOS ! Simon Le Bouché (Les missiles hypersoniques antinavires Révolution doctrinale ou réponse technique à un déficit capacitaire ?) précise :

Dans le cas d’un tir sur une position fixe, la solution retenue est relativement simple : utiliser un guidage couplant GPS et centrale inertielle pour déterminer la position du missile le long d’une trajectoire déterminée menant à la cible, et corriger ses décalages. Il ne s’agit que de la première étape car une fois ces écarts déterminés, la capacité d’un projectile volant à cette vitesse à les corriger est sujette à caution. Mais, dans le cas de l’usage antinavire d’un missile hypersonique, de nombreuses autres contraintes s’ajoutent. Comme pour ses homologues conventionnels, il nécessite un ciblage préalable au tir de l’objectif grâce à des avions de patrouille maritime, des satellites de reconnaissance ou des radars de veille maritime. Il peut donc réutiliser le système de ciblage de ces derniers.

La vitesse du missile réduisant le temps dont dispose la cible pour manœuvrer, l’hypothèse d’une pérennité des données initialement enregistrées peut alors être retenue.

En termes de développement de ces armes hypersoniques, Joseph Henrotin indique que l’URSS, dans les années 1970, fut le premier pays a engagé des travaux tandis que les Etats-Unis effectuaient des recherches sur la mise au point de charges manœuvrables à leur rentrée dans l’atmosphère.

Du point de vue du type d’armes, la technique du planeur hypersonique est aujourd’hui privilégiée sans que celle du missile de croisière hypersonique soit abandonnée pour autant. Les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde mènent leurs projets respectifs. Le missile DF 17 chinois serait opérationnel depuis 2019. Outre, l’adaptation réalisée du système de planeur hypersonique sur des missiles intercontinentaux, la Russie a deux projets en cours dont la mise en service de l’un d’eux est prévue pour 2023. Trois missiles en cours de développement par les Etats-Unis devraient être opérationnels entre 2023 et 2025. Quant à la France, c’est principalement autour de l’Air-sol nucléaire de 4e génération (ASN4G), dans le cadre du renouvellement de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire, que se concentre le développement de ces technologies. Prévu pour succéder à l’Airsol moyenne portée amélioré (ASMP-A) rénové à l’horizon 2035, ce HCM conçu par MBDA devrait être doté d’un superstatoréacteur, actuellement étudié par l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA). Par ailleurs, un programme de démonstrateur de HGV, le Véhicule manœuvrant expérimental (V-MAX) a également été lancé.

  • Remplacement des véhicules blindés de la gendarmerie mobile

Pour remplacer les véhicules blindés de la gendarmerie mobile, VBRG (Berliet VXB 170) mis en service en 1974, le ministère de l’Intérieur a retenu l’ARIVE de Soframe, le contrat portant sur 90 véhicules : 

Le ministère de l’Intérieur choisit Soframe pour le renouvellement de sa flotte de véhicules blindés de la Gendarmerie nationale

in Theatrum Belli, 29 octobre 2021

 

Relations internationales – L’union européenne face à une nouvelle crise migratoire

 Dans un entretien accordé à Figaro Vox le 10 novembre 2021 (Frontière polonaise : « La Russie et la Turquie instrumentalisent les migrants pour déstabiliser l’Europe ») Jean-Thomas Lesueur, délégué général de de l’Institut Thomas More, constate que :

Après l’immense vague migratoire de 2015, après la concentration de plus de 130.000 migrants à la frontière grecque par la Turquie en mars 2020, après la prise de contrôle par cette même Turquie de la route libyenne au printemps de la même année, l’Europe et les Européens vivent, depuis cet été mais avec une accélération forte depuis le 8 novembre, à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne un nouvel épisode de tensions géopolitiques de nature migratoire.

Venant du Proche et du Moyen-Orient, ces migrants seraient notamment transportés par les compagnies aériennes russe et turque.

Ainsi, des responsables des services allemands ont affirmé hier qu’Aeroflot (qui appartient pour 51% à l’État russe) et Turkish Airlines (qui appartient pour 49% à l’État turc) « apportent une contribution décisive au trafic aérien de migrants vers la Biélorussie ».

Alain Barluet (Figaro International, 9 novembre 2021, Tensions à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne : Minsk dément tout rôle dans la crise et accuse Varsovie) précise :

Des témoignages confirment que ces migrants – parmi lesquels de nombreux Kurdes irakiens – ont été pris en main par les forces biélorusses qui les incitent à franchir la frontière, leur fournissant même des outils pour couper les barbelés. Un vol direct a été ouvert entre Erbil, au Kurdistan irakien, et Minsk (rendu accessible sans visa pendant trente jours) et les migrants passent aussi par Istanbul ou Dubaï.

Dans un contexte où, au niveau des institutions de l’Union européenne et au sein d’une classe dirigeante des pays de la partie ouest de cette Union, domine une idéologie des droits de l’homme dans une société ouverte et multiculturelle, Jean-Thomas Lesueur est fondé à observer :

Une part des migrations internationales ne doit être regardée ni avec des lunettes humanitaires (celles des ONG, tout particulièrement allemandes, qui jouent un rôle délétère sur le terrain) ni avec des lunettes technocratiques (celles du « migration management » des agences internationales) mais bien avec des lunettes géopolitiques. Des puissances hostiles et perturbatrices utilisent l’immigration comme une arme de déstabilisation et d’intimidation contre les Européens.

Quant à l’évolution de la situation, il considère :

Ce qui se prépare selon toute vraisemblance, c’est une tentative d’entrée par la force. Nous sommes au seuil d’un conflit hybride.

Il conclut :

Je crois donc que, si la Pologne doit demander de l’aide, ce sera à l’OTAN plutôt qu’à l’Union européenne et à Frontex.

Certes, l’action menée par la Biélorussie qui vise à un franchissement par la force de la frontière polonaise au moyen de populations migrantes acheminées à cette fin pourrait être jugée comme une agression à l’encontre d’un pays membre de l’OTAN conduisant à l’application de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord. Cette application, si elle devait être sollicitée par le gouvernement polonais, ne pourrait relever que d’une décision américaine. Or, comme l’envoi de forces armées aurait pour objet d’interdire la traversée d’une frontière par des populations voulant migrer, il est fort peu probable que le président des Etats-Unis s’y décide d’autant que le mouvement « woke » irradie la société américaine. Ceci n’exclut pas des pressions diplomatiques. Quant à l’Union européenne, elle est prise dans ses contradictions, principe d’accueil, hostilité au gouvernement polonais, ce qu’exploitent ses adversaires extérieurs.

Concernant, dans les circonstances, les adversaires de l’Union européenne, trois pays sont en cause : directement la Biélorussie ; indirectement la Russie mais aussi la Turquie.

Pour la Biélorussie, le problème est simple. Il s’agit d’aboutir à la levée des sanctions prises par l’Union européenne à son égard. Alexandre Loukachenko a pour motivation de diriger son pays comme il l’entend, excluant toute ingérence extérieure.

La Turquie exerce une pression migratoire au sud de l’Europe à l’encontre de la Grèce et de Chypre. Dans L’Orient le Jour du 10 novembre 2021, Chypre cherche à suspendre les demandes d’asile, M. Pelekanos (Porte-parole du gouvernement chypriote) soutient que :

Au cours des dix premiers mois de 2021, 10.868 migrants clandestins sont arrivés à Chypre, dont 9.270 ont traversé la ligne verte dans le cadre d’une “politique délibérée de la Turquie” (…) Les flux de migrants cette année ont été supérieurs de 38% à l’ensemble de l’année dernière.

Elle a pour objectifs, d’une part, d’obtenir un maximum de concessions de l’Union en termes financiers et de libre circulation de ses ressortissants, d’autre part, comme perspective, il s’agit d’imposer à travers le multiculturalisme, une prééminence islamiste, celle des Frères musulmans, sur les musulmans vivant en Europe, en ascension démographique, ce qui ressort d’un esprit de conquête. Il faut préciser que, selon Le Monde du 12 novembre 2021, Pologne – Biélorussie : Pologne-Biélorussie : l’UE obtient des « progrès » malgré les vives tensions, Moscou promet que les livraisons de gaz à l’Europe continueront malgré les menaces de Minsk, et la Turquie a finalement interdit aux ressortissants d’Irak, de Syrie et du Yémen :

[d’] acheter des billets et d’embarquer pour la Biélorussie au départ des aéroports de Turquie

Direction générale de l’aviation turque

Dans cette pression exercée sur l’Union européenne, la Turquie et la Russie ne peuvent être vues que sous l’angle d’alliés objectifs. La seconde, sur son sol, est totalement opposée à l’islamisme, les musulmans représentant environ 15% de la population totale de la Fédération de Russie. Elle le combat à l’extérieur, ce qui fut l’une des raisons de son intervention en Syrie. Aujourd’hui, il est difficile de discerner dans cette crise le rôle exact de la Russie : complicité par laissez faire ou soutien actif. Il n’empêche que la Russie qui subit aussi des sanctions de l’Union européenne aurait intérêt à ce que l’Union européenne révise ses positions. Pour sa part, le pouvoir turc est lié aux Frères musulmans et vise à propager son idéologie.

Quelle évolution possible ?

Certains commentateurs évoquent le concept de guerre hybride. Celle-ci a fait l’objet d’une analyse approfondie dans le numéro 111 de la revue Stratégique publiée par l’Institut de Stratégie Comparée (ISC). Joseph Henrotin dans une introduction générale (La guerre hybride comme avertissement stratégique) la définit selon trois sens :

La guerre hybride comme mode de guerre ; La guerre hybride comme mode stratégique ; Le réapprentissage de la réalité guerrière.

Le premier :

… caractérise une guerre irrégulière complexe mêlant acteurs étatiques et subétatiques et des formes régulières et irrégulières de guerre.

Le second :

… porte sur la caractérisation de la politique stratégique poursuivie par un acteur donné. Son utilisation a été particulièrement remarquable après que la Russie eut envahi la Crimée et soit intervenue dans l’est de l’Ukraine, le terme revenant systématiquement dans la communication politique de l’OTAN mais aussi de Kiev.

Pour le troisième sens, Joseph Henrotin précise :

Face à ce qui nous paraît être la non-nouveauté de la guerre hybride en tant que mode stratégique – mais non en tant que mode tactique-opératif – on peut s’interroger sur la raison de la mobilisation si mal à propos du concept.

A l’évidence, l’expression de guerre hybride est employée dans le second sens en référence à la politique russe face au conflit du Donbass. Elle est inappropriée par rapport aux évènements en cours à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, comparable à la situation qui prévaut régulièrement à celle séparant la Grèce de la Turquie. Toutefois, par rapport à cette situation, compte-tenu des acteurs concernés et de la position géographique, éloignée des terres d’émigration, l’approche en est différente. Il existe au moins un point commun, une poussée migratoire exercée à l’est comme au sud.

Aucune des parties ne tient, ni a intérêt à une dégradation de la situation qui pourrait conduire à des affrontements et à une perte d’une maîtrise de celle-ci. Pour l’Union européenne et ses membres, le principal partenaire diplomatique pour un règlement de la crise est la Russie. En son sein, l’Union européenne ne présente pas un caractère d’unité. L’instance supranationale, soutenue par les pays d’Europe de l’ouest est en conflit avec la Pologne s’agissant du fonctionnement des institutions de cette dernière. La Pologne refuse l’intervention de Frontex du fait du rôle qui lui est dévolu : L’Agence aide les Etats membres confrontés à une forte pression migratoire, en participant, par exemple, à l’enregistrement et à l’identification des migrants à leur arrivée (aux frontières extérieures mais aussi dans les ports et les aéroports). Elle coordonne si nécessaire le déploiement de moyens techniques et humains supplémentaires. Il ne s’agit donc pas d’une force qui agirait de concert avec la police et l’armée polonaise pour une défense armée de la frontière.

Pour l’Union, le préalable serait d’avoir une politique précise en termes d’immigration, c’est-à-dire l’interdiction formalisée de toute immigration illégale ; le droit d’asile, dans une acception stricte, étant traité en avant de ses frontières. Si l’Union en elle-même peut engager une action diplomatique, son autorité demeurera faible dans ce contexte de crise. Il appartiendrait donc aux Etats et en premier lieu à la France, première puissance politique de cette Union (seule membre permanent du Conseil de sécurité) de prendre une initiative en engageant un dialogue avec la Russie sur des bases fermes, la Pologne étant considérée comme un pays agressé. Il s’agirait alors d’élargir la négociation pour aboutir à une normalisation des relations dans l’intérêt de tous. Cette crise migratoire s’inscrit, il faut en être convaincu, dans l’antagonisme développé avec la Russie particulièrement depuis l’annexion de la Crimée. Sans imaginer d’alliance, il existe des intérêts communs qui exigent qu’il soit mis un terme à des sanctions dommageables. Les Etats-Unis tenteront toujours d’entraver tout rapprochement. Il est à craindre que nombre de pays européens soient sensibles à la position américaine. Ce ne doit pas être le cas de la France qui doit agir selon ce qu’elle estime être son intérêt propre en observant de plus qu’elle a été récemment humiliée par la rupture du contrat d’armement qu’elle avait conclu avec l’Australie.

 

Droit européen, droit national et souveraineté des Etats

Deux articles publiés sur le site ELUCID (site payant accessible à partir du site Les Crises.fr), À Bruxelles, le droit européen contre la démocratie (2 novembre 2021) et Crise UE-Pologne : La  primauté du droit européen sur la Constitution ? (9 novembre 2021) éclairent le débat juridique sur les prérogatives qu’exerce l’Union européennes par rapport aux Etats et l’atteinte de la première à la souveraineté des seconds.

Dans son article, À Bruxelles, le droit européen contre la démocratie, Eric Juillot rappelle, en premier lieu la hiérarchie des normes au niveau de l’Etat, à savoir, s’agissant de la France :

– le bloc de constitutionnalité, qui comprend : la Constitution proprement dite, et, les textes incorporés (le préambule de la Constitution de 1946 et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen)

– le bloc de conventionnalité : Il réunit l’ensemble des obligations s’imposant à l’Etat en vertu des traités signés avec les autres Etats.

– le bloc de légalité

– le bloc réglementaire

Eric Juillot précise que :

Le droit de l’Union européenne, selon la hiérarchie des normes, ne peut pas primer sur les « dispositions constitutionnelles »

et, selon la Constitution : La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

Or dès 1964 par l’arrêt Costa contre Enel, la Cour de justice des communautés européennes a consacré la naissance d’un droit communautaire autonome et supérieur aux droits nationaux : la force exécutoire du droit communautaire ne saurait […] varier d’un État à l’autre, à la faveur des législations internes.

Quelques années plus tard comme l’indique Denis Alland (Crise UE-Pologne : La primauté du droit européen sur la Constitution ?) la juridiction européenne a précisé que :

L’invocation des atteintes portées à des droits fondamentaux formulés par une Constitution nationale n’est pas censée affecter la validité des actes de l’Union ni leur effet sur le territoire de cet État (Aff. 11/70 InternationaleHandelsgesellschaft)

Eric Juillot observe que cette dérive du Juge européen a suscité l’inquiétude du Juge constitutionnel de certains pays comme l’Allemagne dont la Cour de Karlsruhe a fixé des limites par un arrêt du 30 juin 2009 qui a fait date (voir Marie-Françoise Bechtel, Fondation RES PUBLICA, L’arrêt du 30 juin 2009 de la cour constitutionnelle et l’Europe : une révolution juridique ? – 21 octobre 2009)

Pour l’auteur, la Commission européenne craint que d’autres Etats suivent l’exemple de la Pologne

… qui pourrait aboutir à l’apparition de zones de non-droit communautaire à l’intérieur de l’UE.

Considérée comme plus vulnérable, la Commission aurait choisi la Pologne pour exercer sa pression :

L’attitude de la Commission est d’autant plus contestable qu’elle fait le choix d’attaquer un État vulnérable par sa dépendance financière – l’Allemagne, à l’inverse n’ayant pas eu à subir sa colère en 2009.

Quant à la France :

Emmanuel Macron a balayé le sujet avec la suffisance dont il est coutumier, y voyant le symptôme d’une « maladie française ». Comme toujours, lorsqu’il faut choisir entre la démocratie et « l’Europe », l’actuel président choisit la seconde au détriment de la première.

Eric Julliot conclut :

Une démocratie atrophiée : tel est le résultat de soixante années d’intégration communautaire par le droit, que le retour en cours de l’État balaiera dans les années à venir.

 

L’élection présidentielle de 2022

A cinq mois d’une élection présidentielle dont le premier tour aura lieu le 10 avril 2022 et le second tour le 24 avril suivant, s’il se dessine des tendances révélatrices de l’état de la sociologie du corps électoral, il subsiste de nombreuses inconnues qui tiennent pour une part au caractère imprévisible d’évènements qui pourraient survenir d’ici l’élection et pour une autre aux candidatures et à leur appréciation au fil des semaines par les électeurs. Par rapport à l’élection de 2017, concernant l’orientation de l’électorat la comparaison la plus judicieuse serait celle qui ressortait des sondages au lendemain de la primaire désignant le candidat de la droite parlementaire.

Le 29 novembre 2016, le Parisien publiait un sondage Kantar-Sofres-Onepoint. François Fillon recueillait 29% des intentions de vote, Marine Le Pen 23%, Emmanuel Macron 15%, Jean-Luc Mélenchon 12%, Nicolas Dupont-Aignan 2,5%. Finalement, après le retournement que constitua la mise en examen de François Fillon, le 14 mars 2017, pour détournement de fonds publics, Emmanuel Macron réunissait au premier tour de l’élection 24,01% des suffrages exprimés, Marine Le Pen 21,30%, François Fillon 20,01%, Jean-Luc Mélenchon 19,58% et Nicolas Dupont-Aignan
4,70%.

A ce jour, s’il apparaît, quels que soient les sondages qu’Emmanuel Macron sera présent au second tour de scrutin, la dispute pour l’autre place se situe entre Marine Le Pen et Eric Zemmour. Marine Le Pen conservera-t-elle l’appui d’un électorat populaire qui lui permettrait de distancer son actuel concurrent ? Celui-ci parviendra-t-il dans les semaines et les mois qui viennent à faire basculer à son bénéfice une partie de cet électorat mais aussi à accroître une emprise sur une part de l’électorat de la droite parlementaire ? Y-aura-t-il après la désignation par le congrès des Républicains du 4 décembre prochain de son candidat, un redressement spectaculaire des intentions de vote à son intention ? Cette dernière hypothèse est la moins probable. Quant à la compétition entre Marine Le Pen et Eric Zemmour, elle ne peut faire l’objet que d’analyses spéculatives. Ce qui est certain, c’est que par les thèmes qu’il développe relatifs à l’identité culturelle de la France et à l’immigration, Eric Zemmour a obligé la candidate du Rassemblement National à revenir aux axes fondamentaux de son mouvement et a incité les candidats à l’investiture des Républicains à intégrer ces axes dans leurs discours et leurs propositions.

Au-delà de cette dispute entre Marine Le Pen et Eric Zemmour pour l’accession au second tour de l’élection, la comparaison avec la situation qui prévalait à la fin de novembre 2016 s’avère particulièrement intéressante quant aux préoccupations de l’électorat. S’il parait légitime de considérer que les électeurs potentiels de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan, à cette époque, étaient hostiles à l’immigration de masse et soucieux de l’identité et de la souveraineté du pays, ils rassemblaient au total environ le quart de l’électorat. Il est probable qu’une partie de l’électoral potentiel de François Fillon partageait ces vues mais elles étaient moins tranchées dans l’expression du candidat. Ce n’est bien sûr pas le cas pour Eric Zemmour et Marine Le Pen comme pour Nicolas Dupont-Aignan qui s’inscrivent dans cette opposition à l’immigration et à la préservation de l’identité culturelle de la France. Selon les différents sondages, les trois candidatures réunies (Marine Le Pen, Eric Zemmour, et Nicolas Dupont-Aignan) recueilleraient 35% des suffrages. Tentant de répondre, par opportunisme à l’inclination de l’électorat au regard de la question posée l’immigration et des inquiétudes qu’elle engendre, le candidat des Républicains rassemblerait au mieux 15% des électeurs. Emmanuel Macron dispose d’un socle électoral stable de l’ordre du quart des intentions de vote. Si cela le place aujourd’hui comme favori pour une victoire au second tour de scrutin, cette base limitée, bien inférieure à celle réunie par les trois candidats défenseurs d’une identité nationale, l’inhibe dans une quelconque promotion de la société ouverte et aux cultures multiples à la différence de la campagne de 2017. De son côté, la gauche, dont les trois principaux candidats oscillent au total autour de 20% des suffrages, paie l’abandon de la question sociale au profit du plaidoyer en faveur des « minorités »

Tout cela montre la transformation profonde de la sociologie électorale en cours depuis plus de vingt ans et qui s’accentue avec le temps. Y-a-t-il un clivage droite/gauche ou un affrontement bloc contre bloc ? C’est la question à laquelle étaient invités à répondre Marcel Gauchet et Jérôme Sainte-Marie dans un entretien avec Alexandre Devecchio et Léo Stagé publié sur le site Figaro International, le 5 novembre 2021. Pour Jérôme Sainte-Marie :

En réalité, si l’on croit vraiment à la lutte des classes, elle ne s’arrête jamais. Néanmoins, on en voit une traduction politique très claire depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Il a pris le pouvoir en s’appuyant essentiellement sur la classe managériale, c’est-à-dire le monde des cadres supérieurs, qu’ils viennent de l’entreprise comme du secteur public. Il y a aujourd’hui une très grande correspondance entre la hiérarchie sociale et la hiérarchie politique.

Marcel Gauchet observe :

La lutte des classes ne s’arrête jamais, mais elle a des hauts et des bas. Pendant les Trente Glorieuses, elle avait trouvé une expression politique dans l’affrontement droite-gauche, une gauche dont le parti communiste était le pivot. Le déclin de celui-ci a entraîné la décomposition de cette expression au point de faire croire qu’elle était en train de disparaître… Le vote RN est l’expression politique principale de cette lutte des classes qui n’a plus son expression sociale dans la lutte organisée dans les entreprises et sur les lieux de travail. C’est une grande différence avec l’image classique qui faisait de la politique le prolongement d’une lutte qui avait d’abord lieu sur le terrain du travail.

Jérôme Sainte-Marie poursuit :

Une des raisons de la crise du clivage gauche/droite (durable ou pas) qui a abouti aux élections de 2017, c’est le rapport à la nation et à l’Europe. En ceci, il n’y a pas une droite qui serait attachée à la nation et une gauche à l’Europe. Les deux sont divisées. Que cela soit au niveau de l’électorat ou au niveau des cadres politiques.

S’agissant des candidatures de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour, Jérôme Sainte-Marie a pour analyse :

Toute solution d’alternance à Macron doit prévoir l’alliance entre une bonne partie des classes moyennes (elles existent même si l’on n’en parle plus), une partie des retraités, la bourgeoisie patriote (qui existe, notamment celle présente dans les corps régaliens, l’armée, la diplomatie) et le vote populaire. Marine Le Pen et Éric Zemmour disent la même chose depuis très longtemps, la question est de savoir qui dans ce bloc-là a le pouvoir. Qui est servi en priorité ? Au-delà de l’intérêt commun du refus du délitement national, quels sont les intérêts matériels qui seront servis ? L’un semble demander aux classes populaires davantage de sacrifices et l’autre davantage aux CSP +.

S’agissant de l’issue finale, Marcel Gauchet observe :

Tout le monde a fait le constat que Marine Le Pen est la candidate d’une opposition qui ne peut pas gagner. Ses électeurs sont contents qu’elle soit là car elle apporte la contradiction qui leur paraît s’imposer, mais ils ne se font pas beaucoup d’illusions sur sa victoire… Quant aux chances d’Éric Zemmour de poursuivre, d’abord, sur la dynamique qui est la sienne et, ensuite, de réussir à mettre dans son camp une partie de la droite politique classique pour aboutir à une majorité électorale au second tour… cela me semble douteux.

Si la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen ou d’Eric Zemmour est aujourd’hui réduite, abstraction faite d’évènements qui pourraient intervenir dans les prochains mois et influer substantiellement sur les choix électoraux, il n’empêche qu’en rassemblant à tous les deux plus du tiers des voix et face à une gauche affaissée, il convient de supposer que même réélu Emmanuel Macron ne pourra qu’avoir une approche restrictive dans le domaine de l’immigration et de fermeté en termes de sécurité. Ceci, d’autant plus qu’il pourrait être amené à constituer une majorité parlementaire de coalition avec des élus Républicains soucieux de ne pas perdre leur assise électorale.

 

Economie

  • La baisse du chômage en France

S’il ne peut qu’être satisfaisant d’observer une baisse du chômage, cependant, il est nécessaire pour juger de sa réalité d’observer objectivement les statistiques. Dans un article publié le 2 novembre 2021 sur Figaro Vox (Baisse du chômage : « Ce que cache le rebond de l’emploi en France »), Sébastien Laye, après avoir souligné que le rebond de croissance observé en 2021 (6% annoncé) était logique après une baisse du PIB de 8,3% en 2020, précise :

Un deuxième élément à prendre en compte est celui de la définition du chômage et du fameux halo de chômage. La baisse des chômeurs concerne toujours et encore celle des chômeurs en catégorie A : cette catégorie qui d’ailleurs n’a pas bougé à la faveur du chômage partiel durant toute la période du Covid. Pendant ce temps, les catégories B et C ont explosé : il s’agit de gens qui travaillent quelques heures par semaine, désiraient travailler plus, ou sont en formation intermédiaire… le chômage de long terme, qui concerne 2,9 millions de gens en France, ne baisse pas lui et ce fameux halo du chômage augmente, même avec la reprise.

  • La dette publique américaine

Le site ELUCID dans un article publié le 11 novembre 2021 (États-Unis : la dette publique atteint un pic historique à 200 % du PIB) présente un état de la dette publique américaine. L’auteur présente un historique de cette dette qui recouvre la dette du gouvernement fédéral, celle des collectivités locales et celle des entreprises financières semi-publiques. En premier lieu, l’auteur de l’article remarque que :

Durant les « Trente glorieuses », l’endettement des États-Unis a massivement diminué… [Puis] la dette publique explose, pour atteindre 115 % du PIB au milieu des années 1990…

… du fait des crises pétrolières de 1973 et de 1979 et de la guerre du Golfe de 1991. Cette dette sera stabilisée jusqu’au début des années 2000 avant d’atteindre 171% du PIB en 2010 après la crise des subprimes. Elle atteint aujourd’hui 200% du PIB après la mise en place des plans de relance dus à la crise du Covid.

Si l’on décide de mesurer l’endettement public américain en dollars constants, on s’aperçoit qu’il n’a fait qu’augmenter depuis 1995. Il a ainsi triplé en l’espace de vingt-cinq ans, passant de 15 000 milliards de dollars à 45 000 milliards de dollars au deuxième trimestre 2021.

Face à cette dette, les Etats-Unis bénéficient d’un privilège exorbitant, la place du dollar comme monnaie de réserve internationale.

  • L’évolution du PIB français depuis les années cinquante

Dans une étude historique assortie de graphiques, ELUCID propose à ses lecteurs dans un article du 5 octobre 2021 intitulé France : analyse historique PIB, une étude historique de l’évolution du PIB national. Il est ainsi constaté que :

Les taux de croissance français sont de plus en plus faibles depuis les années 1960. Sur la décennie 1960-1970, le taux de croissance annuel moyen était de 5,9 %, soit plus de quatre fois plus important que le taux de croissance mesuré lors de la décennie 2010-2020 (1,4%).

Si l’évolution du PIB est d’abord appréhendée d’un point de vue global, il est nécessaire aussi d’évoluer cette évolution par habitant :

Si l’on considère le taux de croissance du PIB par habitant par décennie, on se rend également compte qu’il a été divisé par cinq, tandis que le taux de croissance du PIB global n’a été divisé que par quatre. Le graphique ci-dessous montre ainsi que le taux de croissance du PIB par habitant est passé de 4,8 % en moyenne de 1960 à 1970 à 0,8 % (2000-2010) puis 1,0 % (2010-2020). Le PIB par habitant continue donc de croître, mais de manière plus lente.

Néanmoins, il manque dans cette analyse un facteur déterminant pour la croissance de la richesse produite : l’évolution du taux de croissance de la productivité. Celui-ci a cru en moyenne annuelle de 5,6% entre 1949 et 1974, le taux de croissance moyen annuel du PIB en volume ayant été de 5,4% durant la même période. Le taux de croissance de la productivité a brusquement faibli en France comme dans la plupart des pays occidentaux au milieu des années 1970 (il n’a remonté aux Etats-Unis qu’entre 1995 et 2005 environ avant de redescendre au niveau observé en Europe occidentale). Aujourd’hui, cette croissance de la productivité est particulièrement faible voire nulle.

 

 


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