La revue de presse du Lundi Soir du 23 novembre 2020

Patron d'émission le 23 novembre 2020

Le regard sur les évènements du mois de novembre 2020 conduit à retenir pour cette revue de presse deux thèmes d’intérêt majeur : la situation économique dans le contexte de pandémie et de confinement et les élections américaines du 3 novembre 2020.

 

► L’économie face à la pandémie et au confinement


 

Sauf à considérer quelques évidences, tout commentaire sur la situation économique présente s’avère fort difficile. Si le confinement mis en place le 30 octobre après le couvre-feu imposé le 23 octobre est moins strict que celui décidé au printemps dernier et donc moins restrictif sur l’activité économique, il n’empêche qu’il affecte des activités essentielles, commerce, restauration, tourisme en général, sans compter l’effet cumulatif des dispositions successives prises depuis le printemps. Dans une économie dominée par les secteurs des services, l’incidence est considérable. Il y a les personnes directement atteintes parce qu’elles travaillent dans les activités visées mais aussi par effet de diffusion les répercussions sur l’ensemble de l’économie. Vu la détérioration rapide de la situation sanitaire depuis le début de l’automne et l’absence de maîtrise sur celle-ci, le gouvernement était nécessairement conduit à prendre des mesures de restriction de la circulation des personnes. Ce constat n’implique pas pour autant d’affranchir le pouvoir exécutif d’une responsabilité politique dans la gestion de cette crise sanitaire.

Une gestion déplorable de l’épidémie par l’exécutif

Au sein de sociétés occidentales où le temps des grandes épidémies paraissait révolu dans l’imaginaire collectif, l’ampleur de celle-ci a pu surprendre. Par le passé, en France, des mesures préventives avaient été mises en place par la loi du 5 mars 2007 relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur. Mais les dispositions en furent abandonnées par la suite. Le gouvernement s’est trouvé ainsi démuni lorsque l’épidémie du covid 19 s’est développée dans le pays. Depuis, il n’a jamais été en mesure de prévenir l’évènement, il l’a subi. Si l’hôpital a fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation compte-tenu des moyens dont il disposait, en revanche, au-delà de l’impéritie du gouvernement, il faut constater une faillite de l’appareil d’Etat dédié à la santé, hors le personnel soignant, incapable de définir et d’appliquer des procédures qui auraient limité la diffusion du virus SARS-CoV-2. Sans compter les morts, le corps médical constate chez des patients ayant développé la maladie, qu’ils aient été hospitalisés ou non, des séquelles durables source de handicaps.

Santé et économie ne s’opposent pas nécessairement

L’épidémie et son évolution obligeaient donc à prendre ces mesures de restriction de la circulation des personnes sachant qu’elles auraient de graves conséquences économiques. Contrairement à ce qui est prétendu par certains, il n’est pas exact en ces circonstances d’opposer la santé à l’économie. Le gouvernement aurait eu une alternative en privilégiant l’une ou l’autre. Outre qu’une plus forte propagation de l’épidémie aurait augmenté les coûts du système de santé, cette propagation n’aurait fait qu’accentuer les effets négatifs sur l’économie (absentéisme…) d’autant plus qu’il y avait un risque de perdre toute maîtrise sur la situation sanitaire. A l’encontre des positions françaises, la Suède est parfois citée en exemple. Toute comparaison doit tenir compte des caractéristiques propres à chacun des deux pays (comportements, densité de population…). De plus, au regard des résultats obtenus par ses voisins finlandais, norvégiens, danois, ceux de la Suède sont nettement moins favorables.

Par rapport à cette dichotomie apparente entre santé et économie, il paraît intéressant de citer la traduction française faite par le site Les Crises.fr d’un article initialement publié par le Financial Times (Contenir la Covid-19 pour mieux protéger l’Économie : Le paradoxe d’une pandémie – 12 novembre 2020). Graphique à l’appui, il est observé que Les pays qui n’ont pas été en mesure de contrôler leurs épidémies ont eu tendance à souffrir le plus économiquement. Comme le précise Les Crises.fr dans la présentation de l’article : Le Financial Times n’est pas vraiment un défenseur acharné de la Santé publique.

A ce jour, en ce moment de second confinement, l’incertitude sur la situation sur la situation économique et son évolution n’a jamais été aussi grande depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Pourtant, dans l’une de ses excellentes notes de conjoncture, le service des Etudes économiques du Crédit Agricole observait pour le troisième trimestre de l’année 2020 (ZONE EURO – Conjoncture, Flash PIB : première estimation au T3 2020 – 2 novembre 2020).

  • Le fort rebond anticipé de l’activité durant les mois estivaux est confirmé avec une première estimation officielle de la croissance de l’activité dans la zone euro atteignant +12,7% au troisième trimestre (après -11,8% au deuxième).
  • Cette croissance a été plus vigoureuse qu’anticipé (notre prévision de septembre étant de 10% pour la zone euro) dans la plupart des grandes économies de la zone (+18,2% en France, +8,2% en Allemagne, +16,1% en Italie et +16,7% en Espagne) et ramène le PIB à -4,3% par rapport à son niveau du T3 2019. Cet écart est similaire entre les grandes économies de la zone sauf pour l’Espagne où il est plus marqué (-8,7%). L’acquis de croissance pour l’année 2020, soit la croissance annuelle avec un PIB stable au quatrième trimestre, est de -6,6% pour la zone euro (-5,5% pour l’Allemagne, -8,2% pour la France et l’Italie, -10,8% pour l’Espagne).

Le plan de relance de l’Union européenne et sa remise en cause

Au sein de la zone euro et pour l’ensemble de l’Union européenne, l’enjeu est d’offrir les moyens collectifs nécessaires au relèvement économique des Etats membres les plus affectés par la crise sanitaire. L’action comporte deux volets : l’un au niveau de l’Union, l’autre propre à la zone euro avec les mesures décidées par la Banque centrale européenne.

Après de difficiles négociations entre les Etats membres, le Conseil européen a décidé, le 21 juillet 2020, la mise en place d’un plan de relance européen financé par un emprunt de l’Union. Ce plan de relance associe le futur cadre financier pluriannuel (CFP 2021-2027) et un effort de relance spécifique dans le cadre de Next Generation EU. Ce dernier, réparti en différents programmes, a les caractéristiques suivantes :

  • Facilité pour la reprise et la résilience : 672,5 milliards d’EUR
    • dont prêts : 360 milliards d’EUR
    • dont subventions : 312,5 milliards d’EUR
  • REACT-EU : 47,5 milliards d’EUR
  • Horizon Europe : 5 milliards d’EUR
  • InvestEU : 5,6 milliards d’EUR
  • Développement rural : 7,5 milliards d’EUR
  • Fonds pour une transition juste (FTJ) : 10 milliards d’EUR
  • RescEU : 1,9 milliard d’EUR
  • Total : 750 milliards d’EUR

En plus, des 672,5 milliards d’euros de prêts et de subventions, ce plan comporte donc des programmes spécifiques pour un montant de 77,5 milliards d’euros.

Il faut observer que la France, en valeur nette, c’est-à-dire le montant des fonds reçus diminué de sa part dans le remboursement de l’emprunt, serait débitrice au regard de ce plan. Les fonds reçus sont évalués à 40 milliards d’euros pour une part dans le remboursement des emprunts consentis à l’Union évaluée au moins à 66 milliards d’euros.

Un plan de relance assorti de conditions politiques

Comme toujours dans l’Union européenne lorsque des intérêts majeurs sont en jeu et même si ce n’est pas le cas d’ailleurs, le consensus est une voie difficile.

Ainsi, le 5 novembre 2020, un accord est intervenu entre le Conseil et le Parlement européen pour assortir l’octroi de prêts et de subventions aux Etats au respect par ces derniers de l’Etat de droit (Le Monde – 6 novembre 2020 – Le Parlement et le Conseil européens lient le plan de relance au respect de l’Etat de droit), les Etats visés par cette décision étant la Pologne et la Hongrie. Lors de l’adoption du plan de relance au mois de juillet, la référence à l’Etat de droit était suffisamment vague pour qu’elle puisse être acceptée par les deux pays. Dans son acception du 5 novembre, cette référence a été rejetée par la Pologne et la Hongrie qui opposent leur veto au plan de relance. Ils ont été rejoints dans leur position par la Slovénie.

Si la notion d’Etat de droit date du XIXè siècle comme il a été précisé dans la revue de presse du 26 octobre 2020, il est aujourd’hui le masque d’une idéologie qui vise, au-delà de la volonté des peuples, à imposer une conception de la société sous le contrôle du Juge national ou supranational.

Dans un article de Max-Erwann Gastineau publié sur Figarovox le 19 novembre 2020 (Pourquoi la Pologne et la Hongrie s’opposent au plan de relance européen), l’auteur rappelle les termes de l’article 2 du traité de l’Union européenne (TUE). Elles sont dites « communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes.» Il commente : Que penser d’un tel catalogue de principes dont la définition échappe au commun des mortels ? Il précise que parmi les valeurs de l’Union européenne, s’agissant de la démocratie : Cette dernière suppose l’existence de droits et de libertés juridiquement consacrés. Elle implique aussi l’existence d’un demos, c’est-à-dire d’un peuple caractérisé par un certain nombre de traditions nationales. Quelle place pour ces traditions ? … L’Europe doit-elle élever un nouveau demos sur les ruines d’appartenances nationales désuètes, ou s’appuyer sur les demos historiques qui la constituent ? Concernant la référence aux racines chrétiennes du pays, inscrites de la Loi fondamentale de la Hongrie, Max-Erwann Gastineau souligne que Ces références au christianisme et à la famille ont été mises en cause par les instances européennes, en tant qu’elles participaient à « figer » les valeurs de la société et semer les germes de procédés potentiellement discriminatoires à l’encontre des minorités (sexuelles et culturelles )… Bien plus que la constitution d’un ensemble politique européen, l’Union européenne apparaît bien comme un projet idéologique, constructiviste, qui vise à ériger une société nouvelle avec son corollaire l’homme nouveau, affranchi de toute racine, tout au moins pour l’homme européen né d’une civilisation multimillénaire.

Dans un article d’Alexandre Devecchio publié aussi sur Figarovox le 20 novembre (De Gaulle : l’État de droit ou la souveraineté populaire ?), rappelle la formule prononcée par le chef de la France Libre dans un discours du 27 mars 1942 : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave ».

Sans verser dans des explications à tendance spéculatives, il est permis de s’interroger sur les raisons de ce durcissement des conditions relatives à l’Etat de droit compte-tenu du risque d’un abandon du projet de relance prévu par l’Union européenne après un veto des trois pays, Pologne, Hongrie, Slovénie. Si la vision idéologique l’emporte sans nul doute au Parlement européen, s’agissant des Etats, il faut se souvenir que de fortes oppositions avaient été manifestées à l’encontre de ce plan. La relance budgétaire européenne constitue-t-elle pour tous un impératif ou bien la position de certains est-elle beaucoup plus relative ?

Quelques chiffres sur l’action de la Banque centrale européenne

Concernant l’action de la Banque centrale européenne et de son « Programme d’achats d’urgence pandémique PEPP », fixé à 1 350 milliards d’euros, le montant cumulé des achats réalisés s’élevait au 30 septembre 2020 à 567,183 milliards d’euros dont 84,237 milliards de dettes françaises (125,048 milliards d’euros pour l’Allemagne ; 95,243 milliards d’euros pour l’Italie ; 61.030 milliards d’euros pour l’Espagne). Pour les balances Target 2, c’est-à-dire les soldes entre banques centrales membres du système européen des banques centrales, la Banque de France présente un solde créditeur de 19,9 milliards d’euros au 30 septembre 2020 (ce solde était débiteur de 68,5 milliards d’euros au 30 avril 2020). Le solde de la banque centrale d’Italie est débiteur de 546,3 milliards d’euros, celui de la banque centrale d’Espagne est débiteur de 464,7 milliards d’euros tandis que la Bundesbank affiche un solde créditeur de 1 115,2 milliards d’euros.

 

► Les élections américaines du 3 novembre 2020


 

Les élections américaines (élection présidentielle, élection au Congrès) ont représenté du point de vue mondial l’évènement majeur du mois de novembre 2020. Du fait de la personnalité du Président sortant et de ce qu’il incarne par rapport à l’état de la société américaine, il s’agit probablement au regard de l’enjeu et des conséquences de l’élection américaine la plus importante depuis la fin de la seconde guerre mondiale. De plus, elle est intervenue dans le contexte particulier de l’épidémie de Covid 19 ce qui a incontestablement pesé sur le résultat. A l’issue du dépouillement Joe Biden a réuni en sa faveur 306 grands électeurs contre 232 à Donald Trump.

Pour les élections au Congrès, l’ensemble des résultats n’est pas encore connu. Néanmoins, les Démocrates sont assurés de conserver la majorité à la Chambre des représentants mais en perdant quelques sièges par rapport aux dernières élections de 2018 à l’issue desquelles, ils disposaient de 232 sièges sur 435. Ils n’en auraient plus après le scrutin du 3 novembre 2020 que 217 à 218. Au Sénat qui est renouvelable par tiers tous les deux ans, les Républicains disposent déjà de 50 sièges sur 100. Les résultats de l’Etat de Géorgie ne seront connus qu’à l’issue d’un nouveau scrutin tenu le 5 janvier 2021. En effet, la Géorgie comme la Louisiane constituent un cas spécial, puisque dans ces deux Etats pour être élu le candidat doit réunir au moins 50% des voix. Pour la Géorgie aucun des candidats n’a atteint la barre de 50% des suffrages exprimés.

La contestation des résultats

Les résultats de ces élections ont été contestées, se fondant sur des soupçons de fraude. Les conditions de réalisation prêtes en effet à de nombreuses interrogations. Ces contestations, vu la situation à ce jour, ne remettront pas en cause l’élection de Joe Biden. Pour autant, la défaite de Donald Trump ne constitue nullement la défaite escomptée pas une part de classe intellectuelle et médiatique aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. En France, il faut remarquer des évolutions par rapport à l’élection de 2016 parmi les commentaires. Les opinions sont beaucoup plus partagées ce qui témoigne d’un recul de l’emprise de ce qui est moins qu’il y a quelques temps la pensée dominante.

Une défaite loin d’être la déroute annoncée

Certains annonçaient une déroute de Donald Trump et un parti Républicain affaibli au Congrès. Il n’en est rien. Le président sortant a maintenu une base électorale solide et son parti pourrait conserver la majorité au Sénat et il a gagné des sièges à la chambre des Représentants. Sur Figarovox (Et si la révolution Trump ne faisait que commencer ? – 5 novembre 2020), Alexandre Devecchio remarque : Loin d’être rejeté par l’ensemble des Américains, Trump a été porté par une lame de fond qui a toutes les chances de s’avérer durable. D’autant qu’il est permis d’imaginer qu’elle a été atténuée par la crise sanitaire sans laquelle Donald Trump aurait probablement été aisément victorieux. Battu par Biden en termes de vote populaire, le président sortant progresse néanmoins en nombre de voix par rapport à 2016. Il ajoute : Son élection de 2016, comme le Brexit en 2015, n’était pas un accident de l’Histoire et sera sans doute bien plus qu’une parenthèse dans la marche que d’aucuns pensent inéluctable vers un monde toujours plus globalisé. Sur le même site et le même jour Rod Dreher, journaliste américain (Rod Dreher : « Notre nation américaine est en train de se désagréger »), répondant à une question sur les suffrages obtenus par Donald Trump parmi les femmes, les Noirs, les hispaniques, plus élevés qu’en 2016, il a observé : … ce que je peux au moins dire c’est que le logiciel intellectuel de la plupart des journalistes et des élites, qui prétendent dire quelles doivent être les convictions politiques des personnes de couleur, est complètement obsolète. Les élites américaines sont enfermées dans une bulle épistémologique.

Tout en considérant que la gestion de la pandémie par Donald Trump a été catastrophique (En France, elle n’a pas été très brillante), Guillaume Berlat dans son article hebdomadaire publié le 9 novembre sur le site Proche&Moyen-Orient.ch (DE L’ÉLECTION EN AMÉRIQUE ! ET LES SHADOKS COMPTAIENT…) écrit : Pourtant, sur le plan économique, les chiffres étaient au vert avant la crise de la Covid-19, sont passés au rouge et semblent vouloir timidement remonter depuis quelques semaines. Sur le plan international, il a changé le monde. Il a sorti l’Amérique du bourbier afghan avec les accords de Doha (contrairement à Barack Obama qui a renforcé la présence militaire sur place après avoir reçu le prix Nobel de la paix), il a réduit la voilure au Proche et au Moyen-Orient et en Afrique tout en favorisant la conclusion d’accords entre Israël et quelques pétromonarchies du Golfe et le lancement d’une négociation sur la question des frontières entre le Liban et Israël, sur la reprise de relations entre Israël et le Soudan, il a entamé un juste combat contre une Chine ne respectant pas les règles du jeu (commercial et sanitaire), il a tenté de faire la paix avec la Corée du nord, sans succès mais du moins a-t-il effectué une démarche courageuse. Concernant la situation des Etats-Unis à l’issue de ces élections, il observe : Les États-Unis risquent d’être plus désunis que jamais avec ou sans Donald Trump. Des courants considérés comme marginaux prennent de plus en plus de place au sein des deux grands partis politiques américains. Minoritaires dans les urnes, situés à l’extrême droite ou à l’ultragauche, ils gagnent aujourd’hui en influence à la faveur de la polarisation du pays.

Loin d’être un mouvement éphémère, le phénomène sociologique qui a porté Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en 2016 perdure sinon s’approfondit. Une grande partie des sociétés d’Europe occidentale présente des configurations proches subissant de plus l’influence de la gauche américaine et son idéologie des minorités. L’attitude des parlementaires européens sur l’Etat de droit en Pologne et en Hongrie paraît alors bien abstraite au regard de la réalité des sociétés dont ils sont issus et vis-à-vis de laquelle ils se masquent. Si pour la plupart ils demeureront dans leurs illusions, celles-ci néanmoins se briseront sur le mur des faits.

 

 


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