BULLETIN DE REINFORMATION DU 27 JUIN 2019

Patron d'émission - le 27 juin 2019

Bulletin de réinformation proposé par Erika Gauthier et Julien d’Estrago

Rediffusions à l’antenne à 11h45 et 21h00

 

 

GRANDS TITRES


 

► Un rapport du comité des droit de l’homme de l’ONU met en cause le Gouvernement saoudien dans l’assassinat du dissident Khashoggi

Agnès Callamard a présenté hier devant le Conseil des droits de l’homme, son rapport sur les circonstances de la mort du journaliste et dissident Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul. Le rapport, pointe du doigts la responsabilité de l’État saoudien, mais également l’absence d’enquête au plus haut niveau de la monarchie wahhabite notamment à l’égard d’un des proches conseillers du prince Saud al-Qahtani, cerveau de l’opération d’enlèvement selon le rapporteur. A la suite de la présentation de son rapport les 47 pays membres de cet organe de l’ONU, ont pris tour à tour la parole, pour commenter l’enquête du Conseil. Madame Callamard a également demandé un moratoire sur les exportations de matériel de surveillance à destination de l’Arabie saoudite. Riyad utiliserait ce matériel pour surveiller ses opposants politiques, même les plus pacifiste.

Quelles seront les suites et les conséquences de ce rapport ?

A priori aucune, les rapports n’étant pas contraignants, aucune sanction juridique ne sera votée par les Conseil des droits de l’homme, dont l’Arabie saoudite est membre. Si de hauts dignitaires saoudiens ont été mis en cause dans le rapport, y compris le prince héritier lui-même, il est peu plausible que cela conduise à des sanctions internationales contre les personnes mises en cause. Il est également peu probable que cela conduise à une révision du procès par la justice saoudienne, ni à un adoucissement de la politique saoudienne à l’encontre de ses opposants. Les chancelleries occidentales si prompte à dénoncer les violations de droits de l’homme dans différents pays du monde, ont cette fois-ci brillé par leur silence. A peine si Donald Trump a essayé de minimiser les conclusions du rapport

Mais comment expliquer ce deux poids deux mesures ?

Si la révélation par la Turquie de l’assassinat de ce journaliste en exil a bien pu, dans un premier temps, indigner les principaux dirigeants occidentaux, la réalité des intérêts économiques et politiques entre l’Occident les pays du Golfe a très vite repris le dessus de la situation. Premier partenaire économique au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite est un client de choix pour la France, qui y vend en particulier de l’armement militaire. Premier allié avec Israël dans la région, les États-Unis ne souhaitent sûrement pas détériorer leurs relations, en particulier dans le cadre de la crise américano-iranienne. Mais ces réactions à géométrie variable, montrent bien, que la dénonciation des violations de droit de l’homme par l’Occident est un vernis qui craque à l’aune des intérêts plus cyniques de nos gouvernements.

 

► Radicalisation au sein du service public : le rapport qui dérange

Deux députés LR et LREM ont passé plusieurs à mois à enquêter sur ce phénomène qu’on nomme « radicalisation » dans le secteur des services publics. Ce rapport dresse un constat clinique de l’ampleur du phénomène, qui reste marginal mais présente des risques de dérives inquiétants.

Quels sont les secteurs les plus touchés du service public ?

La question du communautarisme, notamment, est celle qui revient le plus souvent dans le service public, touché par l’expansion de l’islam radical. Dans le secteur des transports, cette réalité est prégnante : une centaine de salariés du groupe ADP, basés à Roissy, feraient l’objet d’un suivi pour radicalisation. La RATP et la SNCF sont également touchées. Les rapporteurs pointent aussi le domaine sportif, où le communautarisme musulman est réel mais mal maîtrisé et peu connu : ce sont des sujets tabous, et l’accusation d’islamophobie attend au tournant l’imprudent qui se risquerait à évoquer le problème sous son angle religieux. Dans la police, l’armée, la gendarmerie comme chez les pompiers, la radicalisation reste très marginale.

Quelles mesures sont apportées pour contrer ce phénomène massif ?

Les deux députés peignent donc un tableau précis et bien documenté ; reste à savoir quelles mesures concrètes pourraient être adoptées pour faire face à ce phénomène, qui pourrait rapidement devenir une menace pour la sécurité nationale. Dans les médias, on reste très prudent. Le ton est calme, presque tranquillisant chez Le Monde, un peu plus incisif au Figaro. Pas de quoi s’inquiéter, donc ? L’avenir nous le dira.

 

BRÈVES DE FRANCE


 

► Les sapeurs-pompiers entrent en grève 

Depuis hier et jusqu’au 31 août, les pompiers seront en grève. Tous les pompiers ne sont pas concernés, puisque le mouvement est à l’initiative des professionnels, ce qui exclus les pompiers volontaires, moins les unités militaires de Paris et Marseille. Néanmoins il fédère une très grande majorité des membres de la profession, puisque 85% des effectifs restent concernés. Mais soumis à une obligation de service et tenus d’assurer gardes et interventions, donnons leur la visibilité qui risque de leur manquer !

Leurs revendications ? Que l’Etat les écoute d’abord, car jusqu’ici le dialogue amorcé à plusieurs reprises est resté vain. Que l’Etat réponde à leur sur-sollicitation ensuite, conséquence du manque d’effectif et des carences d’autres services publics, alors que les demandes de secours ont explosé sur les quinze dernières années. Que l’Etat reconnaisse les risques que comportent certaines missions en indexant leur prime sur celle d’autres métiers à risques, enfin.

Face aux réformes à la marge prévues par le ministère de l’Intérieur, il y a fort à parier que la rentrée s’annoncera aussi chaude que ce début d’été pour le locataire de la place Beauvau.

 

► Facebook collabore et dénonce à la justice française

Facebook a récemment pris l’engagement de communiquer toutes les adresses IP des internautes tenant des propos haineux sur sa plateforme. Un certain nombre de ces contenus haineux tels que l’homophobie, le racisme et l’antisémitisme ont été évoqués sans toutefois donner une description complète du concept. Cette dénonciation permettra à la justice française d’identifier et localiser l’ordinateur utilisé par l’internaute. Cet engagement qui ne concerne que la France imite la mesure identique prise par la Corée du Nord auparavant. Un bouton unique de signalement viendra agrémenter les plateformes en attendant l’intervention des pouvoirs publics dans la régulation des grandes plateformes Internet comme le souhaite Mark Zuckerberg. L’Assemblée nationale s’apprête par ailleurs à adopter une proposition de loi contre la « cyberhaine ».

 

► Les réserves d’eau de la ville de Valencienne menacées par les ouvertures de bouches à incendies

Phénomène désormais bien connu, l’ouverture des bouches à incendies pendant les grandes chaleurs de l’été est devenue, depuis quelques années, un véritable fléau. Cette pratique qui consiste à ouvrir illégalement les bouches à incendie est devenue très populaire dans les banlieues des grandes villes. Ces grandes quantités d’eau généreusement gaspillées peuvent dans certains cas devenir un véritable problème, jusqu’à provoquer, par exemple, à Valencienne une pénurie d’eau. Sans citer les coupables, ni les condamner, le préfet du Nord a appelé les habitants à limiter leur consommation d’eau.

 

NOUVELLES DU MONDE


 

► Incroyable sauvetage au Mali 

La grande histoire occulte souvent les petites histoires, et pour autant celles-ci méritent parfois toute notre attention. Si du Mali on retient peut-être l’image d’un pays qui ploie sous la virulence du terrorisme islamiste et la faiblesse de l’Etat, d’un pays aussi où l’armée française semble débordée par des objectifs qui la dépassent, on peut néanmoins se pencher plus en détail sur l’opération Aconit, menée à la frontière du Niger du 9 au 19 juin.

Destinée à perturber les groupes djihadistes œuvrant dans la région, elle s’est soldée par son succès au prix de quelques égratignures, et d’une manœuvre digne des meilleurs films d’action ! Au cours de l’opération, un hélicoptère d’attaque de type Gazelle est abattu en zone hostile. Il faut évacuer les pilotes. La procédure veut qu’un hélicoptère de soutien débarque alors des forces spéciales pour récupérer l’équipage et immédiatement quitter la zone. Or ce jour là, il a fallu trouver un autre moyen d’évacuation. Les pilotes ont donc été acheminés à Gao, soit à plus de 300 km des lieux de combats, sanglés aux ailettes d’un hélicoptère Tigre !

Si le ministère des Armées n’a pas souhaité commenter l’événement, si dans la longue guerre qui occupe nos forces cette opération sera oubliée, sachons saluer l’audace d’une telle manœuvre et apprécier la mesure de l’engagement de chacun de nos hommes là-bas !

 

► Dernières semaines pour le traité FNI 

Le 2 février dernier, les États-Unis et la Russie annonçaient la suspension de leurs obligations mutuelles dans le cadre du traité sur les Forces Nucléaires de portée Intermédiaire (FNI), héritage de la Guerre Froide. Signé en 1987, bilatéral, il interdisait en effet à ses signataires de tester, produire et déployer des missiles sol-sol de portée comprise entre 500 et 5500 km. Le 2 août, ils s’en retireront si, à leur demande, la Russie n’a pas détruit ses missiles Novator, accusés de ne pas respecter les dispositions de ce traité. Pourtant, aucune preuve n’est jamais venue étayer ces accusations, ce qui ne peut qu’entraîner une certaine suspicion à l’égard des Etats-Unis ; quel but poursuivent-ils vraiment ?

En octobre 2018 lorsqu’il a annoncé la volonté américaine de se retirer du traité FNI, le président Trump n’a pas manqué de mentionner la Chine, qui pourtant n’est pas partie à ce traité bilatéral. Pour Corentin Brustlein, chercheur à l’IFRI, « Tout porte à croire qu’il s’agit moins pour les États-Unis d’user de la menace de retrait pour sauver le traité que de se libérer d’une contrainte qui les handicape militairement face à la Chine ».

 

► Réintégration de la Russie au Conseil de l’Europe : vers la fin des sanctions ?

Dans la nuit du 24 au 25 juin, après plus de neuf heures de débat, la majorité de l’Assemblée du Conseil de l’Europe a finalement voté pour autoriser la Russie à les rejoindre. Le pays de Vladimir Poutine avait en effet été exclu de cette Assemblée en avril 2014, suite à l’annexion de la Crimée. Les partisans de la réintégration faisaient valoir différents arguments, notamment et surtout celui de la menace russe de quitter le Conseil de l’Europe si son retour n’était pas acté prochainement. Le départ de la Russie aurait considérablement fragilisé l’institution, et l’aurait soustraite à la juridiction de la Cour Européenne des Droits de l’Homme – la CEDH – organe juridique du Conseil. La France, l’Italie et l’Allemagne ont donc appelé à voter pour la réintégration, tandis que de l’autre côté, sans surprise, Britanniques et Ukrainiens ont farouchement protesté contre cette mesure. L’Ukraine, dans la foulée du vote, a d’ailleurs annoncé qu’elle suspendait sa participation aux travaux de l’Assemblée.

 

► L’Iran opère un retrait partiel de l’accord sur le nucléaire

En réponse aux déclarations belliqueuses de la Maison-Blanche, l’Iran a annoncé son intention de s’affranchir de l’accord sur le nucléaire signé en 2015, dont les Etats-Unis se sont retirés unilatéralement l’année dernière.

Le but de cet accord était de limiter l’activité nucléaire iranienne aux seules applications civiles. Prochainement, Téhéran projette de ne plus respecter ces restrictions, notamment celles portant sur le taux d’enrichissement de l’uranium et sur la construction de réacteurs.

Pour éviter ce scénario, Hassan Rohani a mis en demeure les pays européens signataires du traité de trouver une solution permettant de contourner les sanctions américaines. Lors de son entretien téléphonique avec le président Macron, Rohani a en effet déploré le manque de soutien de l’Europe suite aux nouvelles sanctions de Washington.

Hier, Jean-Yves Le Drian a mis en garde contre cette violation de l’accord, qui serait, selon lui, une « terrible erreur ». Les pays européens, et notamment la France, ont une occasion unique de jouer un rôle majeur dans cette crise qui menace la stabilité et la paix mondiale. Reste à savoir si nos dirigeants sauront la saisir.

 

 

 

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