BULLETIN DE REINFORMATION DU 17 DECEMBRE 2018

Patron d'émission   -  le 17 décembre 2018

Bulletin de réinformation proposé par Henri Benoît et Sara Bernier

Rediffusions à l’antenne à 11h45 et 21h00

 

 

Éphéméride


 

Nous célébrons aujourd’hui le 31ème anniversaire de la mort de la femme de lettres Marguerite Yourcenar, première femme élue à l’Académie française. À la fois auteure, traductrice et critique littéraire, son œuvre a immanquablement marqué la littérature française du XXe siècle. Née française en Belgique, en 1903, elle est naturalisée américaine après avoir rejoint les États-Unis au début de la Seconde Guerre Mondiale. Son œuvre, est marquée par sa bisexualité, ce qui la place en position de pionnière pour son époque. Elle apporte également son soutien à la cause animale en devenant végétarienne et en créant la Fondation Marguerite Yourcenar en 1982, sous la tutelle de la Fondation de France, une association ayant pour but la protection de la faune et de la flore. Contre toute attente, elle n’en demeure pas moins également une représentante convaincue de la défense de la complémentarité entre les sexes :

Citons un passage très fameux d’un entretien datant de 1981 :

J’aimerais que ces vertus complémentaires servent également au bien de tous. Mais supprimer les différences qui existent entre les sexes, si variables et si fluides que ces différences sociales et psychologiques puissent être, me paraît déplorable, comme tout ce qui pousse le genre humain, de notre temps, vers une morne uniformité.

Un message plus que jamais d’actualité pour nos féministes contemporaines nourries au courant intersectionnel !

 

GRANDS TITRES


 

► Gilets jaunes : le mouvement perd du terrain mais gagne en maturité 

La mobilisation est restée très forte samedi dernier pour l’acte V des Gilets jaunes, malgré les intempéries et les sournoises pressions du pouvoir pour empêcher les gens de manifester.

Si à Paris la participation était en baisse, la pression ne s’est pas relâchée dans les grandes villes de province. L’impressionnant dispositif policier dans le quartier de l’Élysée avait été reconduit à l’identique et les Gilets jaunes se sont une nouvelle fois approprié les Champs-Élysées. Le rassemblement devant l’Opéra a permis de mettre en avant des revendications plus politiques, comme le RIC, le recours au référendum d’initiative citoyenne, la lutte contre le terrorisme islamique ou le rejet du pacte de Marrakech.

Les débordements semblent avoir été moins nombreux ?

Quelques affrontements ont eu lieu aux Halles et vers l’Opéra, mais contrairement au 8 décembre, les grands magasins gardés par des CRS sont restés ouverts. A noter que la journaliste Nadège Abderrazak de RT France a été blessée par une poignée de porte, qui a priori ne lui était pas destinée. A ce propos, vingt-quatre photographes et journalistes ont porté plainte contre les forces de l’ordre pour des violences commises le 8 décembre : parmi eux Yann Foreix du Parisien, victime d’une balle de défense LBD 40 tirée à 2 mètres, Eric Dessons du Journal du Dimanche frappé par une matraque télescopique pour l’empêcher de photographier, ou encore Véronique de Viguerie du Washington Post qui s’est vue confisquer son matériel de protection : un casque et un masque à gaz ! L’Union des photographes professionnels, le Syndicat national des journalistes et Reporters sans Frontières se sont constitués partie civile dans ces actions en justice.

Et quelles ont été les réactions à l’acte V des Gilets jaunes ?

Le pouvoir tablait sur un affadissement du mouvement, avec la complicité de responsables politiques comme Laurent Wauquiez ou Alain Juppé qui ont ouvertement appelé à cesser le mouvement. Même Philippe Poutou du Nouveau Parti Anticapitaliste a préféré rejoindre la manifestation de soutien aux sans-papiers, plutôt que de soutenir les Gilets jaunes. Il est vrai que les dégradations des 1er et du 8 décembre ont fait désordre, ce qui laisse à penser que les casseurs ont peut-être été les meilleurs alliés du pouvoir. A noter la prise de position très fantaisiste de Jacques Noyer, ancien évêque d’Amiens qui a été jusqu’à dire que les Gilets jaunes ne méritaient pas de fêter Noël !

 

► Le Kosovo en passe de créer son armée nationale

Vendredi 14 décembre, le Parlement kosovar a voté plusieurs mesures destinées à affermir la souveraineté du Kosovo : la création d’un ministère de la Défense et surtout l’extension des missions des forces de sécurité du Kosovo (le KSF) qui jusqu’ici se limitaient à des actions civiles. Ce vote qualifié d’historique, s’est accompagné d’une médiatisation très remarquée : en effet le sulfureux président Hashim Thaçi, accusé de crimes contre l’humanité, s’est adressé en treillis aux 2500 hommes du KSF pour leur annoncer la nouvelle.

La militarisation du Kosovo a été immédiatement dénoncée par Belgrade, qui n’a toujours pas reconnu l’indépendance de son ancienne province, peuplée en majorité d’Albanais de confession musulmane.

Mais quel est donc le statut actuel du Kosovo ?

Après une guerre de libération qui fit rage à la fin des années 90 au point de déclencher des bombardements de l’OTAN auxquels la France a pris part, le Kosovo a été placé sous l’autorité de l’ONU en 1999 suite à la résolution 1244 du conseil de sécurité qui réaffirmait l’unité territoriale de la Serbie. C’est à ce titre que la KFOR, une force armée multinationale mise en place par l’OTAN, assure l’ordre et la paix dans la région. Si le Kosovo s’est proclamé indépendant le 17 février 2008, de façon unilatérale, certains pays comme la Chine et la Russie n’ont jamais reconnu le nouvel État, soutenu par les Etats-Unis et la France, mais son statut reste encore incertain. Toujours est-il que la création d’une armée kosovar ravive les tensions avec l’Etat Serbe, au point que les forces de la KFOR se sont massées à la frontière serbe afin de prévenir tout conflit armé. Le président serbe Aleksandar Vucic a appelé dimanche à une réunion d’urgence des quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

► A Katowice, la COP24 trouve un compromis in extremis

Malgré le pessimisme ambiant, l’échec de la COP24 ne s’est finalement pas produit. Comme lors des conférences précédentes sur le climat, l’accord sur la déclaration finale a fait l’objet d’un véritable marathon, obligeant la conférence à se prolonger d’une journée supplémentaire.

Et quels sont les acquis de cette déclaration finale ?

La COP précise les modalités d’application des accords de Paris de la COP21 de 2015 par lequel 160 pays se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre dans le but de contenir le réchauffement climatique planétaire dans une limite de 1,5°C d’ici 2100. Mais l’accord va plus loin : les engagements nationaux devront être mis à jour tous les cinq ans et surtout un suivi des politiques climatiques nationales sera mis en place.

On s’oriente donc vers davantage de transparence ?

En effet, il s’agit là de l’un des points majeurs du rulebook pour l’application des accords de Paris. Si des règles existent déjà aujourd’hui, elles sont beaucoup plus laxistes pour les pays en voie de développement ou pour les pays émergents comme l’Inde ou la Chine. L’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) qui a participé aux travaux de la COP24 a affirmé que « des Etats rangés hier parmi les pays en voie de développement ont la capacité aujourd’hui de rendre compte de leurs engagements et/ou comptabiliser leurs émissions ».

Par ailleurs, la COP24 a confirmé le rôle confié au GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pour tout ce qui concerne le suivi scientifique du climat et les mesures des émissions polluantes, malgré les réticences de l’Arabie saoudite et de la Russie vis-à-vis de cet organisme. Rappelons qu’il fut créé par l’ONU en 1988 à la demande du G7 sous l’impulsion de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan afin d’empêcher une agence de l’ONU soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique.

 

BRÈVES DE FRANCE


 

► Des généraux prennent position contre le Pacte de Marrakech 

C’est dans deux jours que doit être entériné officiellement à New-York, le fameux « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » finalisé à Marrakech lundi dernier. Rappelons qu’un bon nombre de pays européens se sont déjà retirés de ce dispositif et que d’autres pays comme l’Italie, la Suisse ou Israël, ont décidé d’organiser des consultations nationales avant tout engagement. Enfin le Brésil de Bolsonaro a fait savoir qu’il se retirerait de ce Pacte, à l’instar des Etats-Unis d’Amérique.

Mais ce n’est pas le cas de la France, bien qu’une étude récente de l’IFOP concluait que 77% des Français ne voulaient plus d’étrangers supplémentaires. En pleine crise des Gilets jaunes, Macron a pourtant délégué à Marrakech son secrétaire d’état Jean-Baptiste Lemoyne, pour préparer la ratification. Pire, le débat national sur l’immigration, promis par Emmanuel Macron lundi dernier, a été déprogrammé deux jours plus tard par Édouard Philippe sous la pression des lobbies droit-de-l’hommistes et notamment de SOS Racisme.

C’en était trop pour le général Antoine Martinez qui a pris l’initiative d’une lettre ouverte à l’adresse du président de la République. Elle est cosignée par un amiral, dix généraux dont Didier Tauzin, ex-candidat à l’élection présidentielle de 2017, le bien connu Christian Piquemal, ainsi que par Charles Millon, ancien ministre de la Défense de Jacques Chirac.

Et que demande cette lettre ouverte ?

Elle dénonce un déni de démocratie et exige un débat public. Opposés à la ratification par la France, les signataires mettent en garde contre les difficultés à intégrer des populations trop nombreuses, et qui ont déjà montré leurs difficultés à se soumettre aux lois de la République. Ils militent aussi pour le maintien des repères civilisationnels, indispensables à la cohésion sociale.

Chers auditeurs, vous pouvez aussi vous opposer à la ratification de ce pacte par la France en signant la pétition en ligne proposée par l’association Damocles, à l’adresse suivante : https://damocles.co

 

► Toubon s’oppose aux fichiers des mineurs isolés

Jacques Toubon, figure bien connue de l’UMPS, fut ministre de la Justice dans le gouvernement Juppé avant d’être nommé par François Hollande « défenseur des droits » en 2014, poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. Président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, il s’oppose à la déchéance de nationalité des binationaux impliqués dans des affaires de terrorisme. Et vendredi dernier, il demande au gouvernement de renoncer à la mise en place de fichiers pour mineurs non accompagnés, au nom du « respect de la vie privée et de l’égalité des droits ». Pourtant ces fichiers sont rendus possibles par la loi asile-immigration » promulguée en septembre dernier. Selon les statistiques de l’Agence des services de paiement, (l’ASP), 14908 mineurs clandestins non accompagnés ont été recensés en 2017, un chiffre en augmentation de 85 % par rapport à 2016.

 

► Le chiffre du jour c’est 860 !

C’est le nombre de salariés de l’usine Ford de Blanquefort en Gironde, qui risquent de se retrouver bientôt au chômage. Conformément à la loi Florange, votée sous Hollande, qui oblige toute société de plus de 1000 salariés à chercher un repreneur avant tout licenciement collectif, l’entreprise américaine, qui fabrique des boîtes de vitesse, a étudié le projet de reprise par la société franco-belge Punch Powerglide. Mais celle-ci n’a pas convaincu Ford France qui préfère encore financer un plan social. Ce rejet a provoqué l’ire de Bruno Lemaire, ministre de l’Économie et des Finances, qui était d’autant plus favorable à cette reprise que l’Etat a déjà injecté 46 millions d’aides publiques dans la société Ford au cours des cinq dernières années.

 

NOUVELLE DU MONDE


 

► Le Conseil européen acte le principe d’un budget dit « de la zone euro ».

A l’issue du sommet européen du 14 décembre, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré sans ambiguïté, « Il doit y avoir un budget de la zone euro », souscrivant ainsi à l’esprit d’un des engagements phares d’Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle. Mais à l’esprit seulement. En effet, cet accord n’en reste, pour le moment, qu’à la création d’un nouveau budget destiné à favoriser la convergence des économies européennes et non de mutualiser les risques. Il devrait entrer en vigueur en 2020 selon des modalités qui restent à définir par la Commission. Il prévoit aussi le renforcement du MES (mécanisme européen de stabilité) qui deviendrait, en dernier ressort, une sorte de prêteur pour les banques en grande difficulté. Alors que Macron souhaitait un accord plus ambitieux, avec, pourquoi pas, la création d’un ministère des Finances européen, il est à craindre que cette politique des petits pas ne finisse par réduire à peau de chagrin la marge de manœuvre budgétaire des États européens ayant adopté la monnaie unique, et avec elle, toute souveraineté économique.

 

 

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